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smiley : regular_smile Bandana rouge au pays de Silaide (14) coincé dans les neurones


 "Bandana rouge", tu vois, elle aimait nager en rivière et en mer, là où il y a des remous, elle aimait passer des heures sous les cascades, là elle trouvait la fraîcheur, la force, les fameux remous, une hydrothérapie naturelle. Elle évitait de se trouver prise par le mascaret ou les courants de baïne.

Mais cette super nana en devenir n'avait pas encore traversé la forêt!

- Tu vas nous le dire ce qu'elle a vécu dans la forêt? oui ou non?

- Ca n'a aucune espèce d'importance, l'expérience c'est perso et ça ne vaut que pour soi.

Une forêt inconnue, totalement chamboulée par des chutes d'arbres non débardés, sans chemins ou pistes, aux sous bois envahis de fougères, de houx, de lianes, truffée de palombières, ou de ce qu'il en reste après la tempête, d'aires piégées. Une forêt cachant des ravins et des cours d'eau, un lieu parfois hostile dont la sortie est contrôlée par un ou plusieurs gangs rivaux qui attendent l'imprudent comme le loup au coin du bois attend la candide coursière pour lui "faire sa fête"!


Un jour, beaucoup plus tard, "bandana rouge" acceptera de faire partie de commandos spéciaux et de s'entrainer à la guérilla.

Le souvenir du passage de la forêt l'aura inévitablement marquée au fer rouge.

Décoder l'anarchie d'un enfer pour passer outre et rejoindre le paradis aseptisé d'un pavillon provincial s'adonnant aux plaisirs d'un XIX ième siècle finissant ou d'un XX ième siècle commençant, ça vous laisse des traces.


- Mais Lala, tu m'as dit qu'une autre appelée Silaide avait aussi franchi la forêt, tu m'as dit que son histoire était inédite, tu dois bien pouvoir la retrouver dans tes affaires, tes malles, tes classeurs, tes disquettes, non?

- Tout a été brûlé Tanina, tout, l'histoire de la forêt est partie, elle aussi, en fumée sur son bûcher!

- Pauvre Silaide! tu n'as même pas sauvé son portrait? une mèche de cheveux, un ruban? sa paire de lunettes? la poêle à frire qui lui servait à retourner ses crêpes? une plume de sa "Dame Blanche"? une note de ses chansons? un centime d'euro tout neuf et tout brillant comme ceux qu'elle s'entrainait à reconnaître en "aveugle"? pas un seul de ses croquis, de ses plans, de ses écrits?

Lala hochait  de la tête dans un mouvement tristement dénégateur.

- Rien ma chérie, que son souvenir, là, coincé dans mes neurones!


(à suivre)


KNTHMH 25 Août 2009

 

 

mercredi 18 mars à 06h00 par fleurdatlas dans Roman | #

smiley : regular_smile Bandana Rouge au pays de Silaide (13) Comme 4 pommes


 "Tu disais Lala?"

Tanina venait de se réveiller

"Lala, la lampe s'est éteinte!"

Lala émergeait de son demi-rêve, elle s'entendait encore dire: "on a franchement le temps!"

Il lui fallait reprendre le cours de l'histoire, pourquoi s'était-elle égarée sur la piste de Silaide?
Puisque cette sorcière avait disparu, que nul ne l'avait revu, était-il bien utile de remuer tous ces parfums du passé?
Pour Tanina? cela ne s'imposait pas, à moins que Tanina se sente des voccations d'enseignante un jour prochain, il serait toujours le moment de prévenir tout ce que l'on ne voudrait guérir par la suite!

Pour Lala, pour elle seule, cela pouvait revêtir une importance capitale, et elle seule connaissait la raison de ce profond attachement.


"bandana rouge" n'a pas achevé sa croissance. A l'âge adulte peut-être pourra-t-elle prétendre être haute comme 4 pommes. Espoir dont elle mesure tout l'aléatoire.
C'est un petit bout de femme armé jusqu'aux dents et totalement sur ses gardes qui pénètre tout là-bas, dans la domaniale forêt.

"bandana bleu", son frère l'appelle "la tigresse", rapport aux coups de griffe distribués pendant les disputes et les rixes, et les "bandanas verts" eux: l'ogresse, rapport à ses dents couronnées qu'elle fait crisser lorsqu'elle est en colère, et parfois ils la nomment Baba Yaga, la sorcière de l'Est!

Dans le quartier, on chuchote que la tribu de "bandana rouge" vient du Caucase ou de Mongolie, et ses charmantes copines l'ont baptisée "la mongolienne" (elle n'adore pas ce surnom) mais c'est toujours mieux que le surnom des autres: la pute, la conasse, la grosse, la grognasse, le thon, la pétasse, le boudin et j'en passe!

"bandana rouge" a des passions: l'observation bouche bée des vols d'oiseaux, le titillement des colonnes de fourmis qu'elle égare volontiers en tous sens, l'escalade des arbres fruitiers, les cerisiers bigarot blanc ont sa préférence, la capture au filet de papillons qu'elle relâche instantanément, les jeux de marelle, de cordes, de balle auxquels elle se livre jusqu'à des heures avancées de la nuit, à l'extérieur, sur le perron éclairé, transformé en minifronton pour le renvoi commode des balles. Elle pratique également  l'équilibre sur des engins à roulettes: patins, rollers, planche, et les agrès: trapèze, corde lisse.


-Et arrête Lala! de qui parles-tu là? de "bandana rouge" ou de toi!!!

Tanina riait très exitée de découvrir où sa grand-mère voulait la mener!

-Où est le problème, Tanina? où est l'importance? Tu n'as jamais rencontré des personnes qui aimaient les mêmes choses que toi? qui avaient des points et des goûts communs? des pratiques communes? des origines communes? jamais?

Et Lala jubilait, ses petits yeux malicieux sautaient derrière ses lunettes, son minois s'allongeait comme celui d'une fouine ou d'une petite martre! Tanina se réjouissait de voir sa grand-mère dans cet état, c'était le prélude à de grandes complicités inter génération. Elle savourait l'instant heureux qui la mettait dans la confidence de scènes et d'actions qui n'étaient dévoilées qu'à elle seule.


(à suivre)


KNTHMH 25 Août 2009

jeudi 12 mars à 08h57 par fleurdatlas dans Roman | #

smiley : regular_smile Bandana Rouge au pays de Silaide (12) Eraze una ves


 Elle était cependant parfaitement au courant des risques habituels encourus par les jeunes personnes de son sexe et elle portait sans conviction une alarme censée la protéger d'agressions sexuelles bénignes comme ultimes.
Elle faisait davantage confiance à son bâton de marche convertible très rapidement en poignard ou en épée. Elle avait dompté son aversion pour le sang au cours de son initiation en biologie et en cuisine. Zigouiller ou mutiler un adversaire émoustillé ne lui poserait aucun problème particulier, ni physique, ni métaphysique. Elle n'aurait même aucun besoin de son pulvérisateur lacrymogène ou de son minitaser. C'était bon pour les poules mouillées.
Elle avait une excuse, elle n'avait que des frères et cousins à ses côtés et elle faisait ses délices des exemplaires de Métal hurlant et de Harakiri soigneusement empilés au grenier, jouxtant ceux de l'Illustration, Modes et Travaux, La Vie du Rail, Voie Etroite, Le Chasseur Français, et les catalogues des Manufactures de St Etienne, tous pièces de musée.
S'étant plusieurs fois contemplée, analysée et synthétisée dans la grande psyché de la salle d'eau, elle savait qu'elle n'était pas sosie des amazones, ne serait-ce que parce qu'elle avait bien deux seins, elle savait d'instinct qu'aucun corset moulant, aucune cuissarde de cuir ne la transformerait en Bettie Boop. Il n'y avait en elle rien de pulpeux, de fauve, de félin, de séduisant, d'attirant, d'attachant. Ce n'était qu'une silhouette demeurée enfantine.



Mais elle savait également qu'en cas de pénurie de grives, ce sont cependant les moineaux qui trinquent, et elle ne voulait pas finir sous le cran d'arrêt d'un membre de gang, après avoir été embrochée par une vingtaine de mecs totalement bourrés et camés, ça c'est certain! Donc elle prenait des précautions et elle saurait appliquer des mesures radicales. Sa résolution était fiable, inébranlable: jamais elle ne serait une "Madelon" qui vient servir à boire.
De sa fontaine, personne ne connaîtrait le secret, sauf celui à qui elle ouvrirait la porte des sources...

Un jour, plus tard, tellement plus tard! On a franchement le temps!


Lala pensait seulement, elle remuait les lèvres, mais plus aucun son ne sortait de sa bouche. Elle lisait sur son téléscripteur intérieur l'histoire de Silaide, et celle de "bandana rouge" qui se rejoignaient, qui s'interpénétraient. Bien sûr elle ne pouvait dire certains mots, décrire certains épisodes à sa petite fille, pas encore, ce serait pour une autre fois, beaucoup plus tard, lorsqu'elle reviendrait plusieurs jours à la maison, lorsque réconciliée avec l'apparence de son corps de jeune fille, avec le tumulte de ses pensées anarchiques, indécentes, fantasmatiques, elle épancherait ses peines de coeur dans l'océan pacifié du regard profond de son aïeule.

Pour l'heure, Tanina s'était assoupie doucement sous le ronron de la douce voix de Lala, le pétrole avait baissé dans la lampe, la mèche fumait, l'obscurité léchait les murs. Un ange passait, promenant sa main fraîche sur tous les fronts, remontant la couverture, ou le châle pour que nul ne sente le froid s'installer en son coeur. Couvre-feu, détente, pause. Les obligations se taisaient ou patientaient dans l'ombre tiède.


(à suivre)


KNTHMH 25 Août 2010

 

 

mercredi 11 mars à 03h26 par fleurdatlas dans Roman | #

smiley : regular_smile Bandana Rouge au pays de Silaide (11) S au bûcher

"Bandana rouge" n'avait jamais rencontré Silaide, son frère et ses amis, elle ne connaissait pas la saveur des crêpes au piment d'Espelette et ne pouvait donc le regretter. personne ne lui parlait jamais de hiboux ou de Dames Blanches, de Grands Ducs ou de moyens petits ducs. Et pourtant, trainait dans sa mémoire cet étrange enchainement de syllabes "gi-pa-è-te-bar-bu", c'était une sorte de ritournelle qu'elle se répéta comme un mantra destiné à favoriser la chance et la réussite.

"Par le GRANDGIPAETEBARBU, je vaincrai!" claironna-t-elle
en dépit de l'avertissement du cycliste réduit à présent à la taille d'un minuscule point noir sur l'asphalte désert et inusité.


Silaide était en réalité assez jolie, en fait, elle était tellement jolie que cela ne se faisait pas chez les sorcières, même bien aimées. Ce handicap monstrueux avait été détourné par l'application providentielle de ce prénom sans réplique: "Si laide", la beauté est en effet laideur pour ce monde impitoyable où le nez crochu, la verrue poilue, les sourires édentés, les sourcils noirs de charbon, en accent circonflexe sont de minimale rigueur.
Hélas la finesse des traits de Silaide, son grain et sa couleur de peau, d'yeux, de cheveux, tout la prédestinait à mourir vieille fille! Aucun Belzeboul ne daignerait l'admettre à son sabbat, ni oserait en faire la maîtresse d'une seule de ses orgies. L'avorton produit au cours de ces bacchanales risquerait d'être le portrait horrifique de sa mère, donc de le déshonorer.

Silaide s'éteignit rapidement sur un bûcher nourri par l'autodafé de sa production pédagogique. C'est fort bien. Elle n'eut pas à souffrir une longue existence sans sexe ni joies, paix à ses cendres!

Je ne sais ce qu'est devenu l'enfant rempli d'intelligence ( Alx) qui avait dit: "Silaide c'est notre amie, elle vient pour aider les enfants à apprendre, elle repart au pays des sorcières. Après elle pourra peut-être aider d'autres enfants ailleurs. Silaide c'était notre amie, c'est l'amie des enfants"

Non elle n'aida plus personne, en ces temps des humains tout semblables aux géniteurs de cet enfant lucide et inspiré l'ont condamnée au bûcher.
Se serait-elle nommée Jeanne, c'eut été bien la même chose.

"Bandana rouge" allait, quant à elle, candidement à l'abattoir. Mais elle n'en avait cure. Contrairement à Silaide elle n'était régie par aucune loi ou destinée d'espèce. Son aspect commun la protégeait naturellement des désirs intempestifs. En terrain neutre, elle n'était nullement en danger.



(à, suivre)

 

KNTHMH 25 Août 2009

 

mardi 10 mars à 06h39 par fleurdatlas dans Roman | #

smiley : regular_smile Bandana Rouge au pays de Silaide (10) sacrées dendrites!


 

"Qu'est-ce qu'il t'arrive Lala?"

Tanina avait crié assez dépitée, elle venait juste d'entrer dans la peau de "bandana rouge", de la faire sienne, ou plutôt de se faire elle, et voilà que sa grand-mère, sans explication, la larguait au bord d'un talus, face à une interminable piste, observant les vols de migrateurs lancés en droite ligne!
Aucun décollage, aucun atterrissage d'avion ou de navette spatiale, l'aire aérospatiale était déserte, elle
demeurait dans un étrange abandon.
Et alors, était-ce pour en venir là tous ces discours?

-Je pensais, je pensais à une autre fille, Silaide, c'est elle qui avait vécu l'épisode dans la forêt, mais cet épisode fut passé sous silence, et il demeura totalement inédit!

-Mais Lala, je ne comprends pas! c'est Silaide ou "bandana rouge"?
Qui est Silaide? Tu embrouilles tout là!

S. passa sa main devant son visage une nouvelle fois, elle rouvrit les yeux en clignant des paupières comme si la faible lueur dégagée par la flamme torturée de la lampe à pétrole l'aveuglait, comme si elle émergeait d'un tunnel de palombière en sous bois, elle débita lentement à voix blanche, comme en rêve:

-La petite sorcière ainsi nommée parce qu'elle était jolie, et que c'est une tare chez les sorciers que d'être trop belle.
Cybelle eût dû être son nom, mais on la prénomma Silaide pour conjurer le mauvais sort!

-Qu'est-ce que tu dis Lala?


Tanina comprenait que sa grand-mère était en proie à une émotion très particulière que rien ne paraissait précédemment justifier. Elle observait avec intérêt mais non sans inquiétude cette femme qui reconstituait sa vie au hasard des connexions entre dendrites. Elle venait juste d'aborder les secrets du cerveau et des neurones en classe de biologie et elle se représentait des milliers de câbles parcourus par des signaux, des impulsions électromagnétiques aboutissant à des terminaux pourvus de filtres hors d'usage. Des milliards de renseignements, incapable d'être réceptionnés, des millions de mails que personne ne venaient relever ou lire.
Un champ de ruines après une bataille sur lequel péniblement vacillaient quelques morts-vivants, un immense gâchis, du GASPILLAGE, comme aurait dit "jupe crème en soie sauvage"!
un vocable empreint de jugement et de mépris.

 

(provenance illustration)

 

-Qui est Silaide? (La voix de Lala regagnait en timbre et en densité.)


Une petite sorcière très sympathique qui a autrefois aidé des élèves dans leur apprentissages. Elle connaissait tous les secrets, en particulier ceux des crêpes, du piment d'Espelette, des chouettes aussi, je pense bien, celles que l'on nomme "dames blanches". C'était l'amie de la nature et des soldats du feu. Elle était incollable sur les problèmes d'Euros. Elle savait reconnaître chaque pièce et chaque billet au toucher, leur grandeur, leur épaisseur, leur poids, le bruit qu'ils faisaient lorsqu'on les laissait tomber à terre ou qu'on les froissait dans sa paume. Les énigmes des robinets qui fuient, dont aurait pu récolter l'eau pour remplir des bassins aux formes les plus insolites ne lui faisaient pas peur. Elle savait combien d'arbres se trouvaient aux extrémités de tous les intervalles longeant les voies ferrées où les trains à vapeur se croisaient toujours en quête de rattrapage des retards accumulés au cours de fastidieux examens de fin d'années ou de cycle d'étude lors des concours de bourses ou de passage de classe.
Elle savait également entrainer les bambins sur les anneaux ovales des stades avant de leur révéler comment on peut calculer surfaces et vitesses et à quoi diable cela peut-il bien être utile dans une vie où la calculette est reine!


C'était aussi une pro de l'informatique, et des photomontages, attention! je n'ai pas dit du photocopiage-pillage! qui sévissait alors déjà durement.

Elle se battait également contre les ravages de l'alcool, la violence conjugale et les abus d'autorité, les abus sexuels. Déjà? oui! Elle n'a guère changé malgré ses disgrâces.

Elle se battait contre l'illettrisme et le racisme.

Elle n'a pas fait long feu, la sorcière!

On l'a brûlée!


Mais auparavant, elle a subi l'épreuve initiatique de la forêt...

 

(à suivre)

 

 

KNTHMH   25 Août 2010

samedi 07 mars à 20h49 par fleurdatlas dans Roman | #
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